Livres de vacances #1

Qu’ai-je lu cet été ?

Avant d’être submergé par la rentrée littéraire, bilan de mes lectures aoûtiennes. Aujourd’hui, 1er épisode avec des romans suédois, allemand et américain qui tous se déroulent aux USA…

1. La Faculté des rêves, de Sara Stridsberg (éd. Stock)

J’avais entendu la Suédoise Sara Stridsberg aux Assises internationales du roman en mai dernier à une table ronde sur la folie. J’avais eu envie de lire son roman, La Faculté des rêves (éd. Stock).

Elle nous raconte la vie de Valérie Solanas, connue pour avoir tenté de tuer Andy Warhol et écrit le SCUM (Society for Cutting Up Men) manifesto. On nous prévient dès le début : ce livre est de l’ordre de la fiction, un fantasme autour de la figure de Valérie Solanas.

Le roman est constitué de bribes. Fragments autobiographiques, comptes-rendus de séances de psychothérapie, morceaux de vie, une enfance terrible à Ventor, une mère toxique, des rencontres avec des êtres aussi étranges qu’elle, la prostitution – elle se rêve “la première pute intellectuelle de l’Amérique” -, la Factory, Andy Warhol tentant d’utiliser Valérie comme matière artistique, l’hôpital psychiatrique… On avance dans les méandres de Valérie Solanas, dans sa colère immense, dans sa complexité et ses angoisses.

La narratrice rend visite à Valérie dans sa chambre d’hôtel du quartier de Tenderloin à San Francisco, où elle va mourir seule. Valérie Solanas freine des quatre fers face à la narratrice et à son entreprise romanesque, elle ne veut rien dire, la narratrice persiste. La narratrice dit “tu” en parlant de Valérie et est totalement fascinée par cette femme étrange qui voulait d’une société sans hommes et qui n’arrête pas de clamer à sa psychiatre : “Souviens-toi que je suis la seule femme ici qui ne soit pas folle.”

Un livre troublant et prenant.

2. Fuck America, d’Edgar Hilsenrath (éd. Points)

Avec ce roman de l’Allemand Edgar Hilsenrath, on reste dans les USA des marginaux. L’histoire ? Celle de Jakob, immigré allemand, juif, arrivé aux USA après la seconde guerre mondiale. Jakob crève de faim et de solitude. Il essaye d’écrire un livre, il n’y arrive pas, il a déjà le titre pourtant : Le Branleur. L’image du romancier sans le sou qui n’arrive pas à écrire, le tout raconté avec autodérision et second degré. Ce qui n’est pas pour me déplaire. “Ce matin-là, je n’arrivais pas à calmer ma bite. A la maison, j’ai pris une douche froide illico. Ça n’a servi à rien. J’ai pensé à Auschwitz. En vain.

Pourquoi le narrateur n’arrive-t-il pas à écrire ? A cause du traumatisme, l’indicible de l’horreur de l’holocauste. Le discours n’est quand même pas d’une grande nouveauté, même s’il est pris là sous une forme assez irrévérencieuse – à tel point que personne ne voulut d’abord éditer son livre en Allemagne. Alors, oui, il y a cet humour décapant, ces scènes fantasmées et délirantes, le style anti-American dream mais j’ai un peu perdu de mon enthousiasme vers la fin du livre…

Ceci dit, j’adore la couverture choisie par l’éditeur !

3. Même les cow-girls ont du vague à l’âme, de Tom Robbins (éd. Gallmeister)

Je dois avoir une fascination pour les États-Unis et ses laissés-pour-compte. Pour preuve, le 3ème livre de la liste : Même les cow-girls ont du vague à l’âme de Tom Robbins.

Sissy Hankshaw est née avec deux pouces monstrueux. Sa mère se fait du souci, l’emmène voir une voyante pour savoir si elle aura malgré tout mari et enfants. Les autres gamins du quartier se moquent d’elle. A une soirée déguisée, deux ados sont venus avec de gigantesques pouces en carton-pâte… Mais Sissi décide de profiter de ses originalités digitales pour s’adonner à l’art de l’auto-stop. Aucun véhicule ne résiste à ses pouces mystiques.

Ses pouces justement la mènent jusqu’à la Comtesse, magnat des déodorants intimes ; jusqu’à Julian, Indien new-yorkais qu’elle épouse ; jusqu’à l’étrange Dr Robbins, psychiatre non homologué et moustachu ; jusqu’au Chinetoque – qui est en fait d’origine japonaise -, et ses histoires sur les horlogiens ; jusqu’à la Rose de Caoutchouc, le plus grand ranch de femmes de l’Ouest…

Tom Robbins est un maniaque de la métaphore et la comparaison loufoques, son écriture est faite de digressions, tantôt zoologique, tantôt philosophico-mystique, l’auteur s’amuse du lecteur, l’auteur parle de l’auteur, l’auteur s’amuse de l’auteur. Le lecteur peut se perdre dans cette narration touffue… Mais est rattrapé par l’excentricité joyeuse du récit !

Nous devons suspendre temporairement toute approche critique ou analytique. Il nous faut plutôt amasser des faits, tous les faits, sans tenir compte de leur attrait esthétique ou de leur valeur sociale théorique, et étaler devant nous tous ces faits, non comme le devin étale les boyaux d’une dinde mais comme un journal étale ses colonnes. Soyons donc des journalistes. Et comme tous les bons journalistes, présentons nos faits dans un ordre qui satisfasse à la fameuse règle des cinq Ou : ouh là là !, ouille !, ouais ouais !, ouste ! et ouf !

Un roman écrit sous LSD à n’en pas douter.

Ajoutons qu’une adaptation ciné a été réalisée par Gus Van Sant en 1993 :

La suite – plus européenne – demain…

Sara Stridsberg

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2 Réponses à “Livres de vacances #1”

  1. L'Éphémère dit :

    Des lectures qui donnent envie ! Effectivement, la couverture de Fuck America est très sympa.

  2. Marianne dit :

    J’ai lu “La faculté des rêves” que j’ai adoré. Un petit dossier sur Stridsberg et Solanas ici pour ceux et celles que ça intéresse : http://histoiresatroces.blog4ever.com/blog/lire-article-282192-1551082-dossier_stridsberg_solanas.html

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